Du soutien scolaire par la musique au collège

par La Nouvelle république  | 17/03/2016 | Actualités |

Un atelier d’aide à l’apprentissage par la musique a été mis en place au collège de Lusignan. Une expérience unique dans l’académie de Poitiers.

Des élèves déambulent en musique dans une salle de classe en tapant des mains. Concentrés mais détendus alors que la pause déjeuner approche et que les premiers cris résonnent dans la cour de récréation. Sans s’en rendre compte, ils se familiarisent avec la phrase et la syntaxe de la langue française.

 

Dans la bonne humeur, ils font de la grammaire. « L’apprentissage d’une langue passe par la résonance avant de passer par le raisonnement et puis il y a une correspondance entre la phrase grammaticale et la phrase musicale », explique Catherine Postel, musicothérapeute de formation et professeur de musique en poste au collège Jean-Monnet de Lusignan.

 

«  Des aires cérébrales communes  »

C’est elle qui est à l’initiative de l’atelier d’aide musicale à l’enfant mis en place à la rentrée de septembre 2015 avec deux professeurs de français pour accompagner dix-huit élèves en difficulté scolaire ou dyslexiques, à raison d’une heure par semaine. Le principal, Jean-Louis Sachot, a cru en leur projet qui s’appuie sur une méthode de remédiation cognitivo-musicale des troubles de l’apprentissage élaborée par un neurologue du CHU de Marseille. « Il est maintenant scientifiquement prouvé qu’il existe des aires cérébrales communes au traitement du langage et à celui de la musique », précise l’enseignante, scanners de cerveau à l’appui. « L’apprentissage de la musique influence donc le fonctionnement de ces aires et peut agir sur le traitement du langage. »

Antistress

Les professeurs de français, Arthur Allain et Albane Boisson-Floc’h, constatent déjà des progrès sensibles chez certains. « Quand des élèves arrivent en 6e avec un niveau très faible, on est relativement démuni pour les faire évoluer », constate le premier. « La musique permet d’obtenir des résultats plus rapides. » Ici, les élèves ne se retrouvent pas confrontés à leurs difficultés comme dans les cours de soutien classiques. L’atelier commence avec un verre d’eau – « parce qu’il est important de bien irriguer le cerveau » –, et finit par une séance de relaxation – « parce que le stress est la première cause d’échec scolaire ». « L’utilisation d’un support musical implique une notion de plaisir, de créativité, d’épanouissement, et ouvre le champ de possibilités artistiques à des élèves dont l’estime de soi est bien souvent malmenée », insiste Catherine Postel qui intervient par ailleurs dans les écoles du secteur pour sensibiliser les enseignants du premier degré. Histoire qu’eux aussi connaissent la musique.

 » Des effets profonds sur le cerveau « 

« Il y a à présent un faisceau d’arguments considérables prouvant que la pratique musicale provoque des effets profonds et durables sur le cerveau », écrivent Michel Habib et Céline Commeiras dans leur livre « Mélodys – Remédiation cognitivo-musicale des troubles de l’apprentissage » dont l’aide musicale à l’enfant de Lusignan suit la méthode. Diplômée de musicothérapie depuis trente ans et très investie, Catherine Postel se réjouit que la science conforte à présent les techniques qu’elle utilise. Elle se félicite aussi que l’Éducation nationale accepte d’expérimenter des ateliers comme celui qu’elle anime à Lusignan.